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1918 : privations et destructions dans le Nord avant la Libération

Publié le 29 octobre 2018 | Découvrir le Nord

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Pendant la dernière année de la Grande Guerre, les Nordistes, qui souffrent déjà pleinement de l’occupation, sont au cœur du conflit armé. Avant la signature de l’Armistice le 11 novembre 1918, ils devront subir les offensives allemandes puis américaines tandis que les allemands pratiquent la politique de la terre brûlée. Cent ans après, retour sur cette année charnière.

Quatre années d'occupation

La Grande Guerre a profondément marqué l’histoire du Nord, département occupé à 70% durant 4 ans et administré par l’armée allemande. Au cours de cette période, les habitants subissent travail forcé, évacuations contraintes, réquisitions de leurs biens (du mobilier à la lingerie en passant par les animaux domestiques) et aussi de leurs logements pour y accueillir les officiers. Ils sont privés de toute liberté, isolés du reste du pays.

Les réfugiés du Nord se concentrent à l'arrière du front et en région parisienne.
 
La zone « libre » du département, qui se situe sur la bande côtière, se transforme en vaste zone logistique vitale pour la conduite des opérations militaires. Hommes, munitions, matériels sont acheminés en direction du front à proximité duquel les troupes sont cantonnées et les hôpitaux installés. Fin 1917, Dunkerque ne compte plus que 5000 habitants, les civils ayant fui cette zone particulièrement touchée par les bombardements allemands. Les derniers obus frappent la ville le 15 octobre 1918.
 
L’hiver 1917-1918 est rude pour les nordistes : pénurie de charbon, rationnement du pain, sous-alimentation... La carte individuelle de rationnement est imposée pour le pain le 1er janvier 1918, remplacée le 1er mai par une carte individuelle d’alimentation. Les habitants bénéficient d’une aide par le biais du comité d’alimentation du Nord de la France (CANF), pour autant, en 1918, les rations quotidiennes demeurent insuffisantes : à Lille, elles sont de 1400 calories, soit moitié moins que l’apport en période normale.
 

Pendant 4 ans, le Nord connaît l'exploitation méthodique de toutes ses ressources. Des aides alimentaires sont organisées pour lutter contre la famine. 

 

Des dizaines de milliers de civils évacués

L’année 1918 est marquée dès mars par le retour de la guerre de mouvement et ce, jusqu’à la fin du conflit. L’entrée en guerre des États-Unis en avril, puis la révolution russe en novembre 1917 changent la donne.
En mars et avril 1918, les allemands lancent deux grandes offensives au sud-est d’Arras puis en Flandre. Plusieurs villes jusque-là intactes sont détruites (Bailleul, Merville, Méteren…) Les habitants sont évacués.
À partir de juillet, l’arrivée massive des Américains (785 000 soldats) renverse la situation. Les Alliés lancent à leur tour une offensive, avec une succession d’attaques tactiques qui martèlent l’armée allemande et entament le moral de ses troupes qui battent en retraite progressivement.
 
Dès les premiers jours de septembre, des dizaines de milliers de civils sont évacués par les Allemands vers la Belgique où ils sont accueillis après un voyage à pied et en train. Ils sont 3000 à quitter Tourcoing du 1er au 8 septembre, 14 000 à Douai les 3 et 4 septembre. Dès le 31 août, les malades de l’hôpital de Douai sont acheminés par bateau vers Saint-Amand-les-Eaux. Lors de l’évacuation de Cambrai le 8 septembre, les bombardements laissent des centaines de morts sur les bas-côtés. À Caudry, ils sont 1000 à être jetés sur les routes. Deux cent mourront épuisés par cette marche forcée.
Les communes situées à l’est du Département voient affluer ces réfugiés qui fuient vers la Belgique. Ils sont 12 000 à Bouchain mi-septembre, pour une population locale de 1000 habitants. Bon nombre de ces réfugiés propagent la grippe espagnole au milieu d’une population fragilisée par la malnutrition, après des années de privation.
 

Le temps de la libération

Les villes du Nord sont libérées par les Alliés ou abandonnées par les Allemands qui pratiquent la politique de la terre brûlée : les maisons sont pillées, les villes incendiées… Les dernières machines encore présentes dans les usines de Roubaix sont détruites. Lille, qui compte encore plus de 100 000 habitants échappe à l’évacuation. Mais les Allemands détruisent les voies ferrées et les ouvrages d’art aux alentours.
 
  Au moment de la retraite, les Allemands emmènent tous les habitants des communes de la ligne de front et détruisent méthodiquement les infrastructures.
 
Valenciennes est inondée par les Allemands qui détruisent les réseaux de communication. Elle est libérée le 2 novembre. Bavay le 7. Il faudra attendre le 4 novembre pour que Maubeuge soit évacuée. Elle sera sévèrement bombardée la veille de la signature de l’Armistice.
 
Les troupes britanniques libératrices sont accueillies avec enthousiasme. À Lille, « la fin de l’occupation est marquée par des explosions de joie : les clochent sonnent, les rues sont pavoisées de tricolore, les foules se réunissent dans les rues », écrit Yves Le Maner (page 334).
L’Armistice entre en vigueur le 11 novembre 1918 à 11 heures. L’euphorie est de courte durée. Le Nord, qui a perdu 9% de sa population doit faire face, comme le reste du pays, à une épidémie de grippe espagnole.
 
À son arrivée à Lille, le 14 décembre 1918, le correspondant du journal britannique Morning Post raconte : « Vous arrivez comme vous arrivez à Bagdad, par un désert (…). Lille est à l’extrémité de ce désert, après les ponts détruits, dans la boue noire et pénétrante. (…) C’est une cité presque morte où ceux qui sont restés continuent de vivre de charité ou de crédit (…), une cité sans industrie, sans transports. »
Routes, voies ferrées, usines, mines, forêts ont été détruites, les sols ont été contaminés par des gaz de combats et sont piégés par des engins de guerre.
 
De ces ruines, tout reste à reconstruire…
 
Source : La Grande Guerre dans le Nord et le Pas-de-Calais 1914-1918, Yves Le Maner, Editions LA VOIX, 2014.
 
Photos : © Archives départementales du Nord