Version imprimable - Nouvelle fenêtre

"C'est ce binôme qui fait que l'action fonctionne"

Publié le 05 janvier 2017 | Emotion culture


Guick Yansen et Anne Lepla sont comédiens et musiciens. Avec la compagnie 2L qu'ils ont créée dans l'Avesnois, ils travaillent régulièrement et depuis longtemps avec des groupes de personnes en insertion.

Prisme - Quels sont les derniers projets que vous avez menés dans le cadre de l'insertion ?

Anne Lepla - Depuis des années, nous animons avec le centre socioculturel de Fourmies un atelier qui mélange plusieurs disciplines : le théâtre, la musique et la vidéo. On écrit un spectacle à partir de la parole des participants. La thématique est choisie par le groupe. On réfléchit ensemble les premiers mois, on fait des essais et des idées émergent. Ainsi, cette année, avec un groupe exclusivement féminin, on travaille sur l'image de la femme. 

Guick Yansen - Un autre projet récent a été mené en partenariat avec le Forum antique de Bavay. La médiatrice Culture et Insertion de l'Avesnois, Tiphaine Guille, avait été contactée par le master en muséographie de l'université d'Artois pour une proposition autour d'un concours national de films courts (3 mn) tournés avec un téléphone portable. Tiphaine a mobilisé le centre social Nouvel Air à Avesnes et j'ai encadré un groupe de onze personnes pendant six ou sept séances afin de réaliser ce film. Le scénario a été fait avec eux, ils ont filmé et joué dans le musée et sur le site archéologique.

 

Un public qui bouge

 

Travaillez-vous différemment avec des personnes en insertion ?

AL - On sait que c'est un public plus fragile, mais les collégiens ou les personnes âgées sont aussi des publics fragiles. Tout le monde est plus ou moins fragile. Du coup, on est toujours dans des exigences professionnelles avec, chaque fois, la volonté de créer un objet artistique unique. Comme on crée à partir des gens, ce sont leurs paroles qui sont portées sur scène et ce serait malhonnête de les donner à quelqu'un d'autre.

Est-il compliqué de les faire bouger ?

AL - Au contraire, même s'ils n'ont pas d'autonomie, ils s'organisent pour venir nous voir jouer. Ils sont déjà venus en bus depuis Fourmies pour nous voir à Douai !

Qu'est-ce que ça leur apporte de participer à vos projets ?

AL - D'abord, l'estime de soi. Et ils le formulent. On est parfois très étonnés de ce qu'ils peuvent nous rendre. Par exemple, une dame m'a dit : "je suis en train de vaincre ma phobie de sortir de chez moi". Certaines personnes entrent dans des démarches de professionnalisation car ils ont repris confiance en eux.

GY - Ça se fait progressivement. Les trois premières séances, ils pensent ne pas y arriver. Au début, d'ailleurs, on ne parle jamais de spectacle. Et il est arrivé qu'on n'en fasse pas car il y avait dans le groupe trop de nouveaux, des personnes trop fragiles.

AL - On fait aussi un travail sur le corps, aux abords de la danse contemporaine, et sur le chant. Cela a donc une influence sur leur rapport à leur propre corps. Des personnes commencent à se pomponner, à se maquiller… L'atelier, c'est aussi le lieu où les choses peuvent sortir, s'exprimer : la colère, le chagrin…

 

Une confrontation à la misère

 

Y a-t-il des difficultés particulières à monter ce genre de projets ?

GY- C'est éprouvant, ce n'est pas anodin, parce qu'on voit la misère, les difficultés sociales qu'ils rencontrent au quotidien.

AL - Tous les artistes n'ont pas cette capacité à travailler avec tous les publics. Cela demande une dimension pédagogique qu'il est difficile d'apprendre. Il y a des artistes fabuleux qui n'y arrivent pas. 

Vous n'êtes pas seuls avec les allocataires ?

GY - Non, Tiphaine nous accompagne sur beaucoup de choses. Elle fait le relais mais aussi parfois elle s'implique elle-même dans les actions. Et puis les travailleurs sociaux sont également présents, c'est essentiel. Par exemple, à Fourmies, la directrice du service Insertion est présente à tous les ateliers. C'est ce binôme-là qui fait que l'action fonctionne.


baseline