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Les "criquets" sautent d'un monde à l'autre

Publié le 05 janvier 2017 | Emotion culture


Camille Mathis et Frédéric Wyart, médiateurs Insertion et Culture respectivement en Flandre maritime et à Roubaix

Camille Mathis et Frédéric Wyart sont médiateurs Insertion et Culture, la première en Flandre maritime, le second à Roubaix après plusieurs années dans l'Avesnois. On les appelle "criquets", en référence au Cric (Collectif des réseaux insertion et culture) dont ils font partie.


Prisme : Pouvez-vous nous résumer votre mission ?

Frédéric Wyart : Notre rôle est de faire le maillage sur le territoire entre les structures sociales et culturelles.

Depuis quand ces postes existent-ils ?

F.W. : Nos postes ont été créés suite à la loi de 1998 contre les exclusions, à l'initiative du Département qui les finance à 100% mais ils sont portés par une structure engagée dans l'insertion, le plus souvent un centre social ou un centre de formation.

Vous allez donc à la rencontre des travailleurs sociaux ?

Camille Mathis : Certains sont déjà convaincus de l'intérêt de la culture dans l'insertion, mais d'autres ont plus le nez dans le guidon... C'est pourquoi on met tous en place de temps à autre des journées de sensibilisation avec un apport théorique sur l'histoire, les valeurs que peut porter le CRIC et aussi une partie de pratique artistique.

F.W. : Le but est de lever les a priori sur ce qu'est la culture, de montrer que c'est vraiment un outil à des fins d'insertion et de présenter les différentes ressources qui peuvent être utilisées sur le territoire.

En quoi la culture peut-elle être utile dans un parcours d'insertion ?

C.M. : L'expérience montre que plus tu restes longtemps au chômage, plus tu te dévalorises. Participer à un projet culturel permet de réinsuffler l'envie de collectif, de s'impliquer.

 

 

Un projet à bâtir ensemble

 

 

Concrètement, ça se passe comment ?

F.W. : Les choses sont organisées autour de deux axes. D'abord, on propose aux gens d'avoir accès aux équipements culturels de leur territoire (musées, théâtres...), afin qu'ils se confrontent à différentes pratiques culturelles.

C.M. : On ne se contente pas de leur donner des entrées gratuites. Il s'agit d'un véritable accompagnement, avec un échange avant et après le spectacle.

F.W. : Dans un second temps, c'est la mise en place de projets qui peuvent être de tout type : danse, théâtre, slam, tissage, vidéo, arts plastiques...

C.M. : Quand on met en place des projets, on est présents quasiment à chaque atelier, c'est important pour que tout le monde s'y retrouve.

F.W. : Et on insiste pour que les travailleurs sociaux, au moins le référent RSA, y participent aussi. Ça leur permet d'avoir un autre regard sur les gens, moins hiérarchisé.

Et auprès des artistes, quel est votre rôle ?

F.W. : Il y a l'exigence du Département de travailler avec des artistes professionnels mais la démarche artistique ne doit pas primer. Notre rôle c'est d'accompagner l'artiste, de lui expliquer toute la dynamique et les objectifs sociaux du projet. Ça marche bien quand il y a un équilibre entre l'artiste et l'acteur social.

Comment se construit un projet ?

C.M. : On arrive très rarement avec un projet tout ficelé. On ne va pas être dans la prescription, mais partir de la demande des travailleurs sociaux ou des allocataires eux-mêmes. S'il existe déjà une action collective dans la structure, on peut coller avec leur thème de travail. Ou alors on leur propose de parler de ce dont ils souhaitent. Certains ont envie d'aborder des thèmes liés à l'insertion, d'autres préfèrent être davantage dans l'imaginaire.

 

 

Chansons d'amour et recettes de cuisine

 

 

Pourriez-vous citer des exemples de projets ?

F.W. : Je pense au Chœur de Roubaix, une chorale inter-centres sociaux qui regroupe une quarantaine de personnes de différents quartiers de la ville qui ont travaillé avec la chanteuse Lena Deluxe, ou à un projet plus ponctuel comme un atelier d'écriture mis en place avec l'écrivain Jean-Marc Flahaut pour les adhérents de l'épicerie solidaire Mélissa à l'Epeule qui voulaient correspondre avec les élèves du collège voisin.

C.M. : Avec l'association ACL, à Saint-Pol-sur-Mer, on a monté un atelier de pratique langagière avec le comédien Bernard Debreyne pour écrire des chansons d'amour. À Esquelbecq, des femmes qui participaient à un atelier cuisine ont aussi conçu un livret de recettes avec la graphiste Virginie Sion. On essaie qu'à chaque fin de projet, il y ait un temps de restitution, ce n'est pas le plus important mais c'est quand même un moment fort qui permet aux personne de partager avec leur famille, leur entourage, ce qu'ils ont fait.

Qu'est-ce que le CRIC ?

F.W. : Créé en 2009, il réunit la quinzaine de médiateurs qui couvrent le territoire du Nord. On se rencontre tous les mois.

C.M. : Ça nous permet d'échanger sur nos projets, sinon on pourrait vite se sentir seuls.

 

Photo : Dominique Lampla


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