Version imprimable - Nouvelle fenêtre

Simon Fache, la musique dans la peau

Publié le 24 avril 2015 | Emotion culture


Pianiste virtuose mais pas classique, trompettiste, compositeur et arrangeur, ce Tourquennois touche-à-tout qui fréquente les studios télé est aussi et surtout une bête de scène !

Le site de Simon Fache

Vous avez toujours vécu à Tourcoing ?

Je suis un pur produit tourquennois. Je vis dans la maison de mes grands-parents qui était déjà celle de mes arrière-arrière-grand parents ! J’ai fait l’école, le collège, le lycée et le conservatoire à Tourcoing.

Comment êtes-vous devenu musicien ?

Je suis né dans une famille de musiciens, où tout petit on pose la question : quel instrument veux-tu faire ? Ma mère joue de la clarinette dans l’harmonie de Wattrelos, mon père était saxophoniste. Ils faisaient partie de la Fabrique à musique, un orchestre un peu légendaire dans la région. J’ai pris mon premier cours de trompette avec mon oncle, qui est aujourd’hui directeur de l’école de musique de Roncq. J’ai été en classe à horaire aménagée musique dès le primaire puis au collège Pierre et Marie Curie et au lycée Gambetta, j’ai passé le bac avec option musique « lourde », c’est-à-dire coefficient 6 ou 7.

Et ensuite ?

J’ai arrêté les études générales après le bac. Mon frère avait déjà fait cela plusieurs années avant, donc ça n’a pas été un problème. J’ai terminé mes études au conservatoire de Tourcoing puis je suis parti au conservatoire supérieur de Paris. Je voulais entrer en direction d’orchestre mais on m’a dit que j’étais trop jeune. Alors, je me suis inscrit en histoire de la musique. Parallèlement à ces études hyper-poussées, je commençais déjà à jouer en public. Quand j’avais 16 ans, mon prof de piano  — mon deuxième père — m’a proposé mon premier job d’été : piano-bar dans une brasserie à Bray-Dunes. Je me suis mis aussi à jouer du jazz, de la variété, de la salsa. Quand j’étais à Paris, je revenais tous les week-ends pour bosser. Je jouais par exemple pour les supporters du TLM. En 2004, quand j’ai terminé mes études, j’avais déjà le statut d’intermittent, notamment parce que je faisais partie de la fanfare Docteur Funk qui tournait beaucoup. Je me suis mis aussi à travailler avec la Ligue d’improvisation de Marcq et on a commencé à me commander des orchestrations.

Vous n'avez pas choisi un style de musique ?

Durant mes études à Paris, il y a un truc que j’ai compris : je ne voulais pas travailler dans la musique classique. Les musiciens classiques, comme tous les musiciens d’ailleurs, ont tendance à oublier qu’il existe autre chose que leur style de musique mais eux ont en plus la vanité de faire une musique « intelligente ». J’ai toujours navigué entre les différents styles parce que j’avais besoin de bouffer ! J’ai même joué avec un groupe de métal. Quand j’ai vu chez le musicien qui m’avait invité le mur de CD que je ne connaissais pas, j’ai pris conscience que dans tous les styles, il y a énormément de choses qu’on ne connaît pas. L’an dernier, j’ai fait un album en réunissant différents copains solistes de la région avec des morceaux de tous les styles : hip hop, métal, jazz, gospel… Et à l’Aéronef, pour la sortie de cet album, on a fait une soirée avec 105 musiciens.

 

Pianistologie

 

Comment est né votre spectacle, Pianistologie ?

Un jour Patrick Dréhan, le directeur du festival de la côte d’opale (et également du Tourcoing jazz festival) m’a proposé de faire un concert en solo au théâtre de Boulogne-sur-mer. Pour un pianiste de jazz, faire un concert solo c’est incongru. Le solo de piano, c’est la consécration d’une carrière. Je me suis donc dit : qu’est-ce que je vais jouer ? Et je me suis fait trois réflexions : 1° je ne compose pas pour piano seul, 2° jouer des standards de jazz, d’autres l’ont fait et mieux que moi, 3° le premier morceau qui me vient en tête c’est « La grosse bite à Dudule ». Bref, j’ai monté un concert où j’ai joué des trucs qui avaient marqué ma vie : du Mike Brant que mon père écoutait à fond le dimanche matin en nettoyant son aquarium, le générique de Mac Gyver, « Da da da »… 

Et ce concert, vous l'avez rejoué ?

Ça devait être un truc unique, mais je l’ai filmé et montré à un copain comédien, Philippe Despature, et puis on a bossé pour en faire un vrai spectacle, d’abord avec lui puis avec François Marzynski, qui est coach pour des groupes de musique. Il connaît parfaitement la problématique du musicien à qui on demande autre chose que jouer de la musique.  Il m’a dit : t’es pas musicien, ça sert à rien de composer autre chose que ce que tu es. Ce travail a mis du temps parce que je n’étais pas pressé et que c’était une sorte de récréation à côté de mon vrai métier de musicien.

Simon Fache en concert

Et maintenant ?

Là, on va faire la 100e — enfin, ce sera plutôt la 120e — au Sébasto le 23 mai. Ce sera vraiment une représentation spéciale, avec un orchestre symphonique, la Folia, dirigé par un très vieil ami, François Clercx, avec qui j’ai déjà travaillé notamment pour l’album de Rodrigue. Ce qui est super, c’est que ça mêle à la fois l’orchestration, qui me passionne vraiment, et la pianistologie.

Vous ne ressentez aucune lassitude ?

C’est un autre plaisir qu’au début, le plaisir d’un truc qu’on connaît par cœur. C’est comme un repas de Noël, on sait ce qu’on va manger et comment ça va se passer, mais c’est super !

 

Tubes en stock

 

Mais votre "vrai métier", c'est plutôt l'orchestration ?

Oui, je continue à faire des arrangements ou à réaliser des albums. C’est un métier peu connu mais qui est aussi important qu’un réalisateur de film. Il faut se mettre à la place de l’artiste, deviner ce qu’il veut et le traduire en prise de sons. Tout le monde se fout de l’arrangement, c’est l’emballage cadeau, mais en fait c’est vachement important, c’est ce qui va séduire l’oreille. J’ai bossé avec plein de gens : Marcel et son orchestre, Rodrigue, MAP, Hervé Demon, les Biskotos… 

Comment faites-vous pour être capable de tout jouer ?

Dans mon spectacle, il y a un moment où le public me demande ce qu’il veut et je le joue. J’ai tellement écouté, étudié, rabâché que maintenant quand j’entends un morceau je suis toujours dans l’analyse. Pouvoir tout jouer, ça vient aussi du piano-bar. Je disais aux gens : demandez-moi quelque chose, si je suis capable de vous le jouer, vous me paierez un coup. À la fin de la soirée, j’étais saoul ! Les gens demandent souvent les mêmes airs, du Trenet, du Gainsbourg… Je peux jouer un morceau sans le connaître parfaitement, je déduis l’accompagnement, parfois je ne fais pas les bons accords mais ça passe. On reconstitue un morceau avec quelques éléments comme un archéologue un squelette avec des ossements. Cela demande  à la fois de la mémoire, une mécanique musicale et de l’oreille. 

Il faut être doué quand même ?

Fondamentalement, je ne crois pas aux dons artistiques. On peut avoir des capacités artistiques, comme l’oreille absolue. Mais il faut surtout beaucoup travailler.

Vous êtes sensible à tout ce que vous entendez ?

J’ai toujours envie de jouer les trucs que j’entends. Beaucoup de gens ne s’en rendent pas compte mais on est tout le temps plongé dans la musique. On a été bercés, envahis de tout ça, il suffit d’entendre une mesure pour qu’elle nous évoque quelque chose. Mon spectacle s’adresse à tout le monde mais c’est la génération des 30-40 ans qui est le plus perceptif car on est les enfants des séries télé du dimanche.

À propos de télé, comment avez-vous commencé à y travailler ?

Arthur m’a repéré lors d’un match d’impro avec la Ligue de Partis et m’a demandé de participer à son émission « Vendredi tout est permis ». Je fais exactement la même chose qu’en impro : des jingles, des accompagnements quand ils se mettent à chanter…

Qu'est-ce qui fait une bonne chanson ?

Avant, il y avait des chanteurs qui étaient connus pour un seul tube mais on l’entendait pendant un an à la radio. Maintenant, au bout d’un mois, ça passe. Ce qui reste dans le temps, c’est les meilleurs morceaux. Je suis allé récemment dans un bar à Lille, les gamins dansaient sur « Ça c’est vraiment toi » de Téléphone et sur « L’aventurier » d’Indochine.  Ils passent les époques car ce sont des bons morceaux avec des bons textes. Nos parents disent : c’était mieux avant. Eh non, c’était pareil. Pour un Sheila ou un Sardou encore connu, combien en ont-ils fait de nazes ? Même du temps de Mozart, on a retenu les meilleurs de ses quatuors à cordes, mais les compositeurs de l'époque en ont écrit des centaines d’inintéressants. À Avignon, pour faire la promo du spectacle [ndlr : joué au festival de 2014 et repris l'été prochain], on distribuait des 45 tours aux passants. Sur 8 000 récupérés ou achetés à Emmaüs ou dans des brocantes, combien de daubes !

Avez-vous parfois le trac ?

À l’époque où je passais des examens, je me mettais la pression. Mais en spectacle, c’est plus de l’euphorie que du trac.

 


baseline