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"L'enfant est au centre de l'accueil"

Publié le 09 février 2015 | Engagement solidarité


pascale leroy, psychologue en PMI à l'utpas croix-roubaix

Psychologue en PMI à l’UTPAS Roubaix-Croix-Wasquehal, Pascale Leroy est accueillante dans un lieu d’accueil enfants-parents, Kassoumaï à Roubaix. Elle intervient aussi auprès de professionnels qui veulent se former à la pratique de l’accueil en LAEP.

Pratique

Kassoumaï

03 20 36 32 51

lenord.fr : Qu’est-ce qu’un LAEP ?

Pascale Leroy : C’est Françoise Dolto qui a créé la première “maison verte”, en 1976, à Paris. Elle disait à peu près ceci : ici c’est bête comme chou, on entre, on s’assied, on discute, et on joue... Dans les années 90, il y a eu une commande institutionnelle, et des “maisons vertes”, devenues des LAEP, se sont ouvertes un peu partout en France et dans le Nord, notamment dans les quartiers sensibles.

 

Qu’est-ce qu’on y fait ?

P. L. : Les LAEP sont régis par quelques grands principes. Le premier, c’est l’anonymat : les familles viennent librement, et c’est gratuit. Elles ne sont pas “orientées” par des travailleurs sociaux. On accueille le tout-venant, on ne demande que le prénom de l’enfant, pas le nom de la famille. Il n’y a pas d’inscription, de dossier, de prescription… Autre principe, la confidentialité : aucune restitution de ce qui se passe au sein du LAEP n’est faite auprès de l’organisme financeur, - en l’occurrence la CAF, essentiellement. Le local appartient souvent à la ville, le Département met à disposition du personnel et peut financer des supervisions : une fois par mois, l’équipe se réunit pour réfléchir sur ses pratiques d’accueil en présence d’un psychanalyste.

 

"Pas de visées thérapeutiques

ou normatives"

 

Un des objectifs du LAEP, c’est de prévenir les dysfonctionnements familiaux ?

P. L. : Oui. C’est de la prévention à l’état pur, ou encore de la prévention primaire, ou encore de la prévention prévenante !  Dans les LAEP, il y a des familles qui vont très bien, d’autres qui vont très mal, et tous les degrés entre ces extrêmes. On n’a pas de visées éducatives, de visées thérapeutiques et normatives, pas de visées de “repérage”. Il y a un objectif de prévention au sens large… Ainsi, on observe des troubles précoces de la relation parent/enfant,  par exemple, des somatisations chez les tout-petits, un bébé qui pleure beaucoup, qui ne fait pas ses nuits, qui ne supporte pas la séparation d’avec sa mère… Toutes ces petites choses sont parfois les prémices d’un dysfonctionnement futur et peuvent être dénouées avant que le trouble s’installe…

 

L’objectif n’est-il pas aussi de déculpabiliser les parents qui éprouvent des difficultés avec leurs jeunes enfants ?

P. L. : Un autre des grands principes de ces lieux est le non-jugement. Partager avec d’autres parents, ça soulage, ça déculpabilise. Beaucoup viennent dans ce lieu pour rompre un isolement après une naissance, retrouver le contact avec les autres, sortir du face-à-face avec le bébé. L’accueillant doit montrer qu’il est prêt à entendre, disponible à l’écoute, qu’il n’est pas dépositaire d’un savoir afin de permettre aux parents de se sentir libres, d’exprimer leurs difficultés éventuelles, à leur rythme et dans une mutuelle confiance.

 

"Mettre en mots

ce que l'enfant donne à voir"

 

Le LAEP, c’est aussi pour les enfants ?

P. L. : Aussi et surtout ! Avec un second objectif, celui de favoriser la sociabilisation de l’enfant avant la crèche, avant l’école. L’âge limite pour l’accueil en LAEP, c’est 4 ou 5 ans… L’enfant vient avec un adulte “familier”, qui peut être une grand-mère, une grande soeur… En règle générale, ce sont les mères qui viennent. L’équipe accueillante doit comporter des hommes, pour que l’enfant ait les deux visions du monde. Les parents et les enfants ne se comportent ni ne parlent de la même façon avec un homme et une femme…

 

On parle à l’enfant ?

P. L. : C’est même à lui que l’accueillant s’adresse en premier. L’enfant est au centre de l’accueil, il est le sujet de son histoire. Il est pris en compte comme interlocuteur à part entière. On se met à l’écoute de ce qu’il veut exprimer, par son comportement quand il est petit, ou par ses mots quand il a appris à parler… Le rôle de l’accueillant c’est de mettre en mots ce que l’enfant donne à voir par son comportement, à entendre par ses mots. Quelquefois, par exemple, on reformule à son intention ce que sa maman dit de lui. On fait participer l’enfant et, dès qu’il a une réaction, on la prend en compte.

 

"Il ne faut pas déposséder

les parents de leurs réponses"

 

Dans les LAEP, on rencontre aussi parfois des situations compliquées ?

P. L. : Oui, on est parfois confronté à des situations de dysfonctionnement familial grave… Après un temps d’écoute et d’observation, la réaction peut venir des autres parents. On peut souvent compter sur un étayage du groupe, qui régule certaines choses, donne des repères éducatifs… Chaque accueillant réagit à sa façon : moi, personnellement, j’utilise beaucoup l’étonnement, pour marquer le côté exceptionnel de telle ou telle attitude… L’avantage, c’est qu’on s’arrête sans juger, qu’on prend de la distance, qu’on se questionne… Ce qu’il ne faut pas, c’est déposséder les parents de leurs réponses. Nous cheminons avec eux dans la construction progressive de leurs propres réponses.

 

Il y a des règles, dans les LAEP ?

P. L. : Le LAEP se dote d’un réglement intérieur, ce qui permet à l’enfant d’être confronté aux règles, à l’interdit, - c’est indispensable pour sa socialisation. Souvent, par exemple, on trace une ligne rouge au sol, qui sépare deux espaces : celui des tout-petits et celui des plus grands, lesquels n’ont pas le droit de la franchir pour protéger les plus petits… Par contre, l’enfant joue librement, il choisit les jeux qui lui plaisent… Le jeu n’est pas pour nous un outil éducatif. Ce qui nous intéresse, c’est donner à l’enfant la possibilité et la liberté d’utiliser le lieu et les objets à sa disposition afin de développer sa créativité et son estime de lui.

 

 

Pascale Leroy, psychologue en PMI à l'UTPAS de Roubaix-Croix-Wasquehal, est aussi accueillante au LAEP Kassoumaï, à Roubaix (ph Ch. Bonamis)

 

 

 

 


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