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Thomas Ruyant

Publié le 16 août 2016 | Passion sport


À 35 ans, le navigateur nordiste a déjà remporté deux des plus grandes courses au large en solitaire, la Transat 6.50 et la Route du Rhum. Le 6 novembre prochain, il sera sur la ligne de départ du Vendée Globe avec un bateau qu’il a voulu porteur de sens.

 

Nord Le Département : comment devient-on professionnel de la course au large ?


Thomas Ruyant  : J’ai grandi au bord de l’eau, à Malo-les-Bains, j’ai toujours été sportif et j’ai pris des cours de voile. Mais j’ai surtout fait dix ans... de hockey sur glace. Contrairement à ce que beaucoup imaginent, ce n’est pas un rêve de gosse qui m’a amené à faire ce métier.  Mon parcours est lié à un concours de circonstances, je n’ai rien calculé.

 

La passion de la course en solitaire

Racontez-nous...

J’ai découvert l’habitable au lycée. et ça m’a bien plu. Après un master en management du sport, je suis entré dans la vie active mais sans vraiment savoir ce que je voulais faire. C’est alors que j’ai trouvé un vieux bateau dans le port de Dunkerque. Il était tout délabré et couvert de moules. Le propriétaire m’a donné son accord pour que je régate avec si je le remettais en état. En cherchant des sponsors pour financer la rénovation, j’ai eu la chance de rencontrer Patrice Verley, alors dirigeant de Faber France. Grâce à son soutien, j’ai pu faire ma première Transat 6.50 entre La Rochelle et Salvador de Bahia (Brésil) en 2007, puis participer à nouveau en 2008 et en 2009 où j’ai fini vainqueur. Et c’est parti de là.

 

Qu’avez-vous fait après ?

Dix mois seulement après ma victoire sur la Mini-Transat, je suis reparti pour une autre transatlantique en solitaire, la Route du Rhum. Je l’ai remportée dans la catégorie des Class 40, celle qui est la plus représentée et la moins coûteuse. J’ai également couru trois Solitaire du Figaro. C’est une course qui se fait en quatre étapes assez courtes. Elle me correspond moins car j’ai besoin de temps pour démarrer.

 

Vous préférez courir en solitaire plutôt qu’en équipage ?

J’ai fait beaucoup de courses en équipage car cela permet de progresser. Naviguer avec des personnes qui sont spécialistes dans leur domaine m’apprend beaucoup. Mais bien qu’en équipage on puisse aller plus vite, c’est moins grisant. J’aime l’idée de devoir conduire seul un bateau d’un endroit à un autre. On porte soit-même la responsabilité de sa course et il faut être complet (maîtriser la technique et la précision des réglages, savoir gérer les phénomènes météorologiques, etc.).

 

Le Souffle du Nord pour le Projet Imagine


Quel est votre prochain défi ?

Faute de financements, je n’ai pas pu repartir sur la Route du Rhum en 2014. C’est à ce moment là que j’ai commencé à penser au Vendée Globe. Mais je me posais alors aussi beaucoup de questions sur le sens de ce que je faisais. Naviguer en solitaire, c’est un peu égoïste comme activité. Début 2015, j'ai rencontré des entrepreneurs nordistes qui cherchaient à s'associer à un défi sportif porteur de sens. Il se trouve qu'ils avaient un bateau... nous avons donc écrit ensemble la suite de l'histoire.

 

De quoi s'agit-il exactement ?

Nous avons tâtonné, organisé de nombreux brainstorming, et nous avons rencontré Frédérique Bedos, fondatrice de l'ONG "Projet Imagine". Son but est de mettre en lumière toutes ces femmes et ces hommes de l'ombre, héros du quotidien qui apportent leur goutte d'eau pour rendre le monde plus beau. L'association ne porte pas une cause mais de l'humain et c'est ce que nous recherchions. Nous avons donc décidé de créer une autre association "Le souffle du Nord pour le Projet Imagine" afin d'apporter à l'ONG "Projet imagine" la médiatisation dont elle a besoin. Sur la ligne de départ du Vendée Globe 2016, mon bateau sera le seul monocoque de 60 pieds IMOCA à ne pas porter les couleurs de partenaires privés. Et pourtant, plus de 120 entreprises de la région et près de 1 000 personnes nous soutiennent déjà. Nous voulons embarquer un maximum de monde dans l'aventure pour que le projet soit véritablement collectif.

Le Souffle du Nord pour le Projet Imagine

"Au lieu de porter des valeurs commerciales, mon bateau arbore un colibri de 9m de haut, symbole de l'ONG Projet Imagine". Photo: Pierre Bouras.


Comment prépare-t-on une course autour du monde en solitaire sans escale et sans assistance  ?

Notre priorité a d'abord été de fiabiliser le bateau puis dans la mesure de notre budget - l'un des plus petits du Vendée Globe - d'améliorer ses performances. La préparation technique est très importante, il y a de l'hydraulique, de la mécanique, de la voilerie, etc. Je dois être capable de tout réparer moi-même en cas de problème. Ce qui est dur avec ces machines lourdes et exigeantes, c'est de naviguer vite, surtout quand les vagues sont démesurées. La préparation physique et médicale est également primordiale, je m'entraîne en salle et ai effectué des stages de survie. Je travaille aussi avec des météorologues afin de savoir appréhender les grosses tempêtes du Pacifique. Une fois en course, je définirai seul ma stratégie et ma route. Enfin, il y a la préparation psychologique pour apprendre à gérer la fatigue et ses répercussions sur l'état émotionnel. Il ne faudra pas céder à l'euphorie ni à la déception mais rester le plus stable possible.


Dans quel état d'esprit êtes-vous à quelques mois du départ ?

L'édition 2016 du Vendée Globle sera la plus grosse depuis que la course existe, avec une trentaine de bateaux en compétition. Mon objectif est d'être au départ mais aussi à l'arrivée. Chaque année, seule une petite moitié des concurrents termine la course. Revenir aux Sables d'Olonne reste donc un gros défi. Et même si je ne vise pas la victoire, je ne me laisserai pas faire car je suis un compétiteur. Aujourd'hui nous ne sommes plus des défricheurs d'océan, nous avons beaucoup de retours d'expérience sur les endroits où nous allons passer en course. Le curseur se déplace donc de plus en plus vers la compétition même s'il reste une part d'aventure. Pour moi l'un ne va pas sans l'autre... on y va aussi pour chercher nos limites.


www.lesouffledunord.com



Photo d'ouverture: Pierre Bouras.


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