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À quoi sert la littérature ?

Publié le 01 mars 2016 | Emotion culture


Réunies à Lille le 25 février autour de cette question dans le cadre des Grands dialogues de la Villa départementale Marguerite-Yourcenar, les écrivains Sylvie Germain et Diane Meur ont aussi évoqué leurs derniers ouvrages.

Outre leur qualité d'écrivain francophone et le fait qu'elles détestent toutes les deux le terme féminisé d'"écrivaine", Sylvie Germain et Diane Meur ont un point commun : elles ont séjourné à la Villa Marguerite-Yourcenar, la première en 2000, la seconde dix ans plus tard.

Elles connaissent donc bien la résidence d'écrivains gérée par le Département qui organisait ce "grand dialogue" à l'auditorium du Palais des Beaux-Arts de Lille.

Sylvie Germain est l'auteur – ou l'auteure ? – d'une trentaine d'ouvrages, notamment Jours de colère (Prix Femina 1989), Magnus (Goncourt des lycéens 2005), L'inaperçu (2008) et Petites scènes capitales (2013). Son dernier roman, À la table des hommes, est paru en janvier.

Diane Meur, traductrice et romancière belge, vit à Paris. Elle a écrit à la fois des romans pour adultes, comme Raptus (2004) ou Les vivants et les ombres (2007), et pour la jeunesse  (Les prisonnier de Sainte-Pélagie, 2003). Elle a publié à l'automne 2015 La Carte des Mendelssohn.



Bâtir un monde meilleur ?

 

Leur rencontre était animée par Josyane Savigneau, critique littéraire et journaliste au quotidien Le Monde, mais aussi auteur de la première biographie consacrée à Marguerite Yourcenar.

Elle a entamé la discussion en citant une phrase écrite récemment dans le magazine Lire par l'écrivain Amin Maalouf, selon lequel cela n'a aucun sens d'être écrivain si ce n'est pour bâtir un monde meilleur dans les esprits.

Une idée que récuse Sylvie Germain :

On ne peut pas se fixer un but. Ce n'est pas pour cela qu'on écrit. C'est un désir plus obscur, plus profond.

 

Il y a des moments où se pose la question du sens, mais en temps normal je ne pose aucune question d'utilité à mon roman en l'écrivant. C'est seulement après que je me dis : "Ah, ça répond à certaines questions

constate pour sa part Diane Meur, avant d'ajouter :

Ce n'est pas que je veuille changer la société par mes romans, mais au moins la faire voir autrement. Il faut faire la différence entre l'utilité et le but. L'idée de but, de finalité, me paraît dangereuse dans un roman.

 

cb-diane meur grands dialogues villa yourcenar lille 25 02 16 - copie

Diane Meur.

 

Sylvie Germain évoque les grandes thématiques qui l'ont obsédée : née en 1954, elle a connu son grand-père qui avait fait la guerre de 14 et elle a découvert dans les années 70 l'Occupation et la Shoah qui étaient restés des sujets tabous pendant quelques décennies. 

Les jeunes d'aujourd'hui, tout cela leur semble aussi vieux que pour nous les guerres napoléoniennes. Ceux d'entre eux qui se mettront à écrire dans quelques années auront été marqués par le terrorisme.

 

C'était important que le roman serve à faire écho à cette horreur ? Les attentats de 2015 ?

demande Josyane Savigneau.

J'ai eu la naïveté de penser qu'en découvrant l'ignominie des camps nazis, les hommes ne recommenceraient pas. Et pas du tout. Il y en a eu en ex-Yougoslavie, en Afrique…

répond Sylvie Germain avec un certain découragement.

 

cb-sylvie germain grands dialogues villa yourcenar lille 25 02 16 - copie

Sylvie Germain.


 

Penser aux lecteurs ?

 

Avant de clore cette riche discussion, Josyane Savigneau demande aux deux auteurs si elles pensent aux lecteurs en écrivant.

Jamais ! Ce serait déjà tout fausser en se donnant des limites.

s'écrie Sylvie Germain avant de nuancer :

Bien sûr, quand je me relis à froid, je peux trouver que ça sonne faux et je change un passage. Jean Giono disait que parfois son personnage Angelo venait se percher sur son épaule. J'ai un peu ce rapport avec mes personnages. Dans mes romans, il n'y a pas de lecteurs, ce sont les personnages qui viennent et qui sont terribles. 

Et pour Diane Meur :

Dans le travail d'écriture, je vois à un moment ou un autre le lecteur théorique. J'essaie de me mettre à sa place et si je me dis que ce n'est pas suffisaament clair, j'explicite davantage. C'est une façon de changer d'angle qui n'a rien à voir avec le marketing.

 


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