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Christian Poiret : "On peut gérer le Nord autrement"

Publié le 07 décembre 2015 | Le Nord Institution


Entretien avec Christian Poiret, premier vice-président du Conseil départemental du Nord en charge des Finances, de l’Administration générale et du Contrôle de gestion.

Dans le dossier son numéro de décembre 2015 – Janvier 2016, consacré aux finances du Département, le magazine « Nord le Département » publie un entretien avec Christian Poiret, premier vice-président du Conseil départemental du Nord en charge des Finances, de l'Administration générale et du Contrôle de gestion.

Voici le texte intégral de cette entrevue.

 

Nord le Département : La situation financière du Département est-elle si catastrophique que cela ?

Christian Poiret : Jugez-en : nous avons découvert en tout près de 200 millions d'euros d'arriérés divers, dont 109 millions d'euros en frais d'hébergement. Ce sont des sommes que nous devons payer mais qui n'ont pas été inscrites au budget. Ajoutez à cela des recettes surestimées qu'il a bien fallu ajuster.

Nous avons, en six mois, réalisé 21 millions d'euros d'économies de fonctionnement qui ont permis de combler une partie des arriérés de paiement, notamment pour l'hébergement. Elles ne peuvent donc pas aller au remboursement d'emprunt qui permettrait de dégager de l'investissement, qui permettrait du développement économique, qui entraînerait une baisse du RSA, et les comptes se porteraient mieux.

 

Quelles seraient les conséquences d'une mise sous tutelle de l'État ?

La mise sous tutelle est possible lorsque le découvert s'élève au maximum à 135 millions d'euros. Ce serait une catastrophe pour tout le monde.
Pour les associations, qui ne toucheraient plus un euro de subvention.
Pour le personnel départemental : tous les CDD seraient supprimés.
Pour les collectivités locales, qui ne percevraient plus de subventions.
Et pour les Nordistes, car les impôts locaux exploseraient !
M. le préfet suivrait une logique uniquement comptable. Si nous tenons à éviter la mise sous tutelle, c'est parce que nous souhaitons démontrer que l'on peut gérer le Nord autrement. Nous avons été élus pour cela.

 

 

“Les élus doivent piloter la gestion. Ce sont eux qui doivent rendre des comptes aux habitants. C'est l'argent des Nordistes que nous dépensons !”

 

 

Que faire pour redresser la situation ?

Le Département a besoin d'avoir à sa tête des gestionnaires. Les élus, et non les techniciens, doivent piloter la gestion. Ce sont eux qui doivent rendre des comptes aux habitants. C'est l'argent des Nordistes que nous dépensons !

Compte tenu des coûts de fonctionnement du Département, nous n'avons pas une épargne suffisante pour recourir à l'emprunt. Il faut d'abord réduire le fonctionnement. Pour cela, il faut avoir la culture de la recette et il faut un contrôle de gestion omniprésent.

 

Vous avez dit que le Département devait être géré comme une entreprise. Mais peut-on gérer un service public comme une société privée ?

Je viens du monde de l'entreprise, je me suis formé à la gestion depuis 30 ans. Quand j'ai été élu maire pour la première fois en 1995, je parlais d'"entreprise mairie". Cela ne m'a pas empêché d'être réélu.

Évidemment qu'il y a des différences : l'objectif, pour le Département, n'est pas de réaliser des bénéfices mais de dégager des marges de manœuvre pour faire plus pour les Nordistes. Mais nous devons avoir la même culture de la recette, du contrôle de gestion, de l'évaluation. C'est absolument indispensable. Il n'y avait pas de pilotage politique des finances ni d'outils de gestion au Département.

 

 Christian Poiret (photo Christophe Bonamis)

 

 

 

“Il faut être transparent.
Les Nordistes ont besoin
d'entendre un discours clair.”

 

 

 

 

 

 

 

Est-ce que vous considérez aujourd'hui qu'il n'y a pas de petites économies ?

Même si à l'échelle du Département cela paraît faible, 50 000 euros c'est important. Malheureusement, dans cette maison, ça ne l'était plus. Dans une commune, dépenser 50 000 euros c'est une décision qui prend des mois, dans une agglomération, cela va prendre des semaines… Au Département, c'était devenu une décision que l'on prenait en quelques secondes !

Il faut être transparent. Les Nordistes ont besoin d'entendre un discours clair. Ils attendent de leurs élus qu'ils gèrent dans l'intérêt des habitants. Nous ne construirons pas d'équipe¬ments départementaux où l'on n'en a pas besoin, ni à des prix exorbitants. Nous ne nous engagerons pas auprès des communes à subventionner des travaux que nous n'avons pas les moyens de payer. Et le Département poursuivra la réduction de son train de vie.

 

C'est-à-dire ?

Il ne suffira pas de mutualiser les achats de fournitures de bureau pour redresser la situation. Ce qu'il faut, c'est faire des économies en interne. Dès le premier jour du mandat, nous avons demandé aux chauffeurs des vice-présidents d'aller vers d'autres missions. Nous considérons qu'un élu peut conduire sa voiture. Nous avons supprimé les présidences de commissions parce que nous estimons que c'est à chaque vice-président de diriger sa commission. Chacun des 8 présidents de commission avait 2 assistants, cela fait donc 16 postes économisés. Les élus doivent être exemplaires. Ils ne peuvent pas demander aux équipes de faire des efforts s'ils n'en font pas.

 

Vous n'allez pas vous faire que des amis avec un tel discours.

Ce n'est pas d'amis dont nous avons besoin, c'est d'un Département qui aide les Nordistes en difficulté. Nous avons été élus pour gérer. Je ne peux pas avoir eu un discours quand j'étais président du groupe d'opposition et en avoir un autre aujourd'hui.

 

 

“L'emploi dans le Nord est un enjeu essentiel.”

 

 

On parle beaucoup de réduction des dépenses, qu'en est-il des recettes ?

Il y a beaucoup à faire de ce côté-là. Sur certains travaux en maîtrise d'ouvrage départementale, nous nous sommes rendu compte que des collectivités nous devaient de l'argent. Nous allons revoir tous les dossiers pour récupérer notre dû. L'optimisation des recettes est indissociable de celle des dépenses.

La culture de la recette, ce n'est pas uniquement d'aller chercher des fonds européens, c'est aussi entre le Département et les communes, entre le Département et les associations… On a bien le droit de se faire payer ce que d'autres nous doivent.

 

100 millions d'économies en 2016, vous pensez y arriver ?

Nous allons y arriver parce que nous allons faire le travail. Nous avons la chance d'avoir une bonne équipe de conseillers départementaux, avec des vice-présidents très impliqués dans leur délégation et solidaires.

Le président Lecerf a été très clair : tout le monde sera concerné par les économies. Elles toucheront les politiques volontaristes, mais aussi d'autres politiques où il faudra réduire la voilure. Nous sommes tous dans le même bateau !

Mais nous n'y arriverons pas seuls. Nous avons besoin de mesures gouvernementales, pas ponctuelles mais structurelles, sur le financement du RSA et des allocations individuelles de solidarité en général. Si l'État ne fait rien, les 100 millions d'euros d'économies s'élimineront tout de suite : nous aurons 60 millions de RSA en plus en 2016 et 40 millions de dotations de l'État en moins. Nous sommes victimes de la double peine dans le Nord, avec un nombre de demandeurs d'emploi supérieur à la moyenne.

 

L'emploi dans le Nord, c'est un enjeu important ?

C'est un enjeu essentiel. C'est aussi pour cela que nous voulons réorienter profondément la politique d'insertion professionnelle des allocataires du RSA. Olivier Henno (vice-président du Conseil départemental chargé de l'Insertion) y travaille, il présentera une délibération cadre à la séance plénière du 17 décembre.

Demander aux personnes qui touchent le RSA d'être inscrites à Pôle emploi, ce n'est pas du "flicage", c'est leur permettre d'espérer retrouver un emploi. Nous voulons monter un partenariat gagnant-gagnant avec les chefs d'entreprise : plus ils embaucheront d'allocataires du RSA, mieux le Département et les Nordistes se porteront.

 


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