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"Il faut se donner le temps de la rencontre"

Publié le 12 mai 2015


Le 11 mai à Roubaix, un Forum de lancement donnait le coup d'envoi des Ateliers citoyens départementaux consacrés à la lutte contre les discriminations et à la promotion de l'égalité.

Trois Ateliers citoyens

Trois ateliers citoyens auront lieu dans les territoires :

  • le mardi 26 mai à 18h30 à Caudry, salle du Val de Riot, pour les habitants de l'Avesnois, du Cambrésis, du Douaisis et du Valenciennois,
  • le vendredi 29 mai à 18h30 à Fâches-Thumesnil, salle Jacques-Brel, pour les habitants de la métropole lilloise,
  • le mardi 2 juin à 18h30 à Merville, salle des fêtes Francis-Bouquet, pour les habitants des Flandres.

 

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Environ 140 Nordistes ont participé à ce premier travail en commun qui permettra d'affiner les thèmes des trois Ateliers citoyens qui auront lieu entre le 26 mai et le 2 juin (lire ci-contre).

Dans son propos introductif, Jean-René Lecerf, président du Conseil départemental du Nord, a notamment noté que

on parle beaucoup de discriminations, mais ce n'est pas beaucoup suivi de sanctions. C'est parce qu'elles sont extrêmement difficiles à prouver.

 

Jean-René Lecerf
Jean-René Lecerf.

 

Co-auteur lorsqu'il était sénateur, avec sa collègue Esther Benbassa, d'un rapport intitulé Lutte contre les discriminations : de l'incantation à l'action, M. Lecerf propose d'améliorer la connaissance des discriminations, notamment en autorisant l'établissement encadré de statistiques spécifiques.

Ce qui crée le communautarisme, c'est la discrimination, pas les statistiques. Comment lutter contre un phénomène que l'on ne peut pas quantifier ? Je crois que beaucoup de personnes sont discriminantes sans même s'en rendre compte. Si l'on pouvait leur mettre les chiffres sous les yeux pour qu'elles en prennent conscience, il ne serait peut-être même pas nécessaire de sanctionner.


 

"Débat mouvant"

 

Mais le cœur d'une telle manifestation réside dans la participation active des citoyens. Pour leur permettre de s'exprimer librement, un animateur a proposé divers dispositifs à partir de questions simples : "Quel est votre rapport personnel à la discrimination, pour quelle raison êtes-vous venu(e) ?", ou encore : "Complétez sur un ‘Post-it’ la phrase : ‘Agir pour l'égalité, c'est ______’"… Les contributions étaient affichées au fur et à mesure.

Il était également possible de réagir en direct, par SMS.

 

Forum Lancement 11 mai 2015 debat

 

Plus tard, les participants (de tous âges et de toutes conditions) furent invités à un exercice de "débat mouvant" : l'animateur posait une question – "Pensez-vous avoir déjà été victime (et ensuite : "coupable") de discrimination au cours de votre vie professionnelle ?" puis demandait aux personnes présentes de se répartir physiquement dans l'espace en fonction de leur réponse : les "oui" à sa gauche, les "non" à sa droite, les indécis au milieu. Dans chacun des trois groupes, trois personnes volontaires partageaient la raison de leur choix.

Les témoignages ainsi recueillis enrichirent le débat tout en montrant à la fois la diversité et tout le poids humain des situations de discrimination. Mais ils ont aussi permis aux participants d'interroger leur propre expérience, certains changeant de place au cours du débat et expliquant :

À écouter ces témoignages, je ne suis plus si sûr de ne jamais avoir été discriminant.

 

Le président du Conseil départemental lui-même s'est prêté au jeu, se plaçant du côté des "Oui" à la deuxième question.

Je crois que personne ne peut avoir la conscience entièrement tranquille sur ce thème. Lorsque j'étais maire, j'ai certainement reproduit sans me poser de questions les habitudes de recrutement de mes prédécesseurs. Il faut prendre le temps de se parler, prendre le temps de la rencontre, pour découvrir que les différences sont une richesse
a commenté Jean-René Lecerf.

 

 

"La discrimination, c'est du préjugé en actes"

 

 

Ces moments participatifs, qui étaient au cœur de la rencontre, furent ponctués par l'intervention d'experts, avant la conclusion laissée aux élus. Milena Doytcheva, maître de conférences en sociologie à l'université Lille 3, a ainsi évoqué ses recherches sur la sociologie des discriminations.

Les études montrent que près de trois quarts des discriminations sont dites “systémiques”, elles ne résultent pas de l'acte individuel d'une personne

a-t-elle notamment indiqué, avant de proposer cette définition :

La discrimination, c'est du préjugé en actes.

Autrement dit, agir en fonction d'un stéréotype plutôt que de chercher à réellement connaître la personne conduit à des situations de discrimination.

 

Didier Dufour, Isabelle Delcroix-Naulais, Milena Doytcheva
Didier Dufour, Isabelle Delcroix-Naulais et Milena Doytcheva.

 

Isabelle Delcroix-Naulais, fondatrice de Lidup, agence de conseil et de formation en égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, ne dit pas autre chose :

Exemple de stéréotype : “Les hommes ne sont pas faits pour s'occuper des enfants.” Aucune étude sérieuse ne permet de le penser. Mais le résultat est là : à 80%, ce sont les femmes qui sont chargées exclusivement de prendre soin des enfants.

Mais la solution, pour cette experte, ne réside pas dans la dénonciation systématique :

Je pense qu'il faut sortir du champ de la culpabilité, arrêter de se poser en victime. Ce que je propose, c'est de sortir des modèles établis par le jeu. Il faut “dé-jouer” les stéréotypes !

Didier Dufour, délégué du Préfet, qui représentait le préfet délégué à l'égalité des chances, Kléber Arhoul, a pour sa part évoqué l'action de l'État, dans le cadre de la politique de la Ville.

Roubaix est un territoire symbolique sur ces questions. Pour lutter contre les discriminations liées à l'adresse et à l'origine réelle ou supposée des personnes, l'État a défini des territoires prioritaires, avec pour critère central la pauvreté. Les leviers d'actions, c'est de mettre plus de moyens sur ces territoires.

 

 

"Partagez vos idées innovantes !"

 

 

Côté élus, Max-André Pick, vice-président du Conseil départemental en charge de l'Habitat, du Logement et des Politiques urbaines (et premier adjoint au maire de Roubaix, qu'il représentait également) s'est particulièrement intéressé à la notion de "mixité sociale".

Je caricature un peu, mais souvent on annonce que l'on va favoriser la mixité sociale dans un quartier, et finalement on construit deux immeubles : un pour les accédants à la propriété, l'autre pour les familles défavorisées. Je ne dis pas que j'ai la solution, mais c'est un problème important sur lequel nous devons nous pencher.

 

Forum de lancement des Ateliers citoyens 2015
Deux participantes au forum de lancement, le 11 mai 2015 à Roubaix.

 

Pour sa part, Karima Zouggagh, conseillère départementale du canton de Roubaix 1, s'est interrogée sur les nouveaux modes de l'action publique :

Comment mettre en œuvre une politique qui permette d'accepter la différence, de ne plus avoir peur ? Il faut sortir des modèles qui ne marchent pas, il faut proposer des solutions nouvelles. C'est pour cela que la participation des citoyens est si importante : partagez vos idées, même si elles vous paraissent farfelues, elles peuvent être innovantes !

Un appel également lancé par Madjouline Sbaï, vice-présidente du Conseil régional Nord-Pas-de-Calais :

La mobilisation citoyenne sur les territoires est extrêmement importante. Ce sont des combats historiques.

 

 

 

 

Photos : Dominique Lampla.

 


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