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"On est loin du CAC 40 !"

Publié le 02 septembre 2014 | Innovation territoires


Martine Filleul, vice-présidente du Conseil général du Nord, a rencontré des acteurs de l'économie sociale et solidaire, le 29 août à Lille.

Contacts

APES
Tél. 03 20 30 98 25
contact@apes-npdc.org
www.apes-npdc.org

TERRE DE LIENS
Tél. 03 20 74 43 83
npdc@terredeliens.org
www.terredeliens-npdc.org

CIGALES DU NORD ET DU PAS-DE-CALAIS
Tél. 03 20 54 09 51
contact@cigales-npdc.org
www.cigales-npdc.org

Maison de l'économie solidaire
81 bis rue Gantois, 59000 Lille


HUBMODE
Incubateur Innotex
41 rue des Metissages
59100 Roubaix Metro
nicolas@hubmode.org
www.hubmode.org

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Martine Filleul entourée des représentants des associations 

 

Rue Gantois à Lille, une porte étroite semble serrée contre son massif voisin, le Crédit municipal de Lille. Elle donne sur un escalier qui mène à des bureaux éclairés par un puits de lumière, décorés de plantes en pot et d'affiches vantant les vertus du partage.

Nous sommes à la Maison de l'économie sociale et solidaire, qui héberge plusieurs associations à l'objet social moins homogène qu'on pourrait le croire. Car l'économie sociale et solidaire (ESS), ce n'est pas un secteur d'activité : c'est un état d'esprit, une autre manière d'aborder l'activité économique.

Martine Filleul, vice-présidente du Conseil général du Nord en charge de l'Aménagement du territoire, du Développement économique et du Développement rural, est venue le constater ce vendredi matin.

J'ai un attachement particulier à l'économie sociale et solidaire. Le Conseil général souhaite accentuer ses collaborations pour contribuer à son développement

a déclaré l'élue.

Mais Martine Filleul était surtout venue écouter. Trois associations lui ont exposé le sens de leur action : l'APES, Terre de liens et les Cigales Nord-Pas-de-Calais.

 

 

APES : développer l'ESS dans tous les territoires

 

Nous sommes dans une des régions qui accordent le plus d'importance à l'ESS, par le nombre et le niveau de responsabilité des élus en charge. Mais ce n'est pas pareil sur tout le territoire.

Président de l'association APES (Acteurs pour une économie solidaire Nord-Pas-de-Calais), Gérard Dechy ne s'en cache pas : ce déséquilibre entre les territoires est, pour son association, un axe de travail prioritaire.

C'est d'ailleurs un axe de développement qui est repris dans notre convention avec le Département

note-t-il au passage.

 

Martine Filleul et Gérard Dechy

Martine Filleul, vice-présidente du Conseil général du Nord
et Gérard Dechy, président de l'APES

 

Gérard Dechy ne manque jamais de le rappeler : l'économie sociale et solidaire, c'est de l'économie.

Nous ne sommes pas dans la réparation. Nous avons toujours la volonté de nous situer dans l'économique et de travailler avec les autres. Nous avons d'ailleurs des engagements prometteurs avec la Chambre de métiers et de l'artisanat

indique M. Dechy avant de conclure :

Nous avons de vrais champs d'action pour faire de l'économie autrement. On est loin du CAC 40 !

 

 

Terre de liens : "À qui appartient la terre ?"

 

Terre de liens est un mouvement national qui existe depuis une dizaine d'années. Son but : faciliter l'accès au foncier agricole.

Les terres sont rares et chères !

résume Eric John, trésorier régional.

Nous utilisons deux outils de l'économie sociale et solidaire : une foncière, qui récolte de l'épargne et utilise ces fonds pour acheter des terres agricoles, qu'elle loue à des porteurs de projets ; et une fondation qui récolte des dons, parfois en nature : il arrive qu'on nous donne une ferme.

Les "porteurs de projets" sont en majorité des "primo-accédants" : des personnes qui ne sont pas issues de familles d'agriculteurs et qui ne peuvent donc pas acquérir une exploitation par le biais d'une succession. Il s'agit souvent pour elles d'une reconversion professionnelle.

 

Eric John et Stéphanie Petitcunot (association Terre de liens) face à Martine Filleul

Eric John et Stéphanie Petitcunot (association Terre de liens)
face à Martine Filleul

 

Les exploitations sont modestes (5 hectares ou moins), consacrées essentiellement au maraîchage, avec un peu d'élevage.

Les porteurs de projets s'engagent à pratiquer une agriculture biologique ou paysanne. Le terrain ne peut pas être revendu. Il peut être transmis à condition que le nouvel exploitant s'engage à respecter le même cahier des charges.

L'association mène aussi des actions de sensibilisation auprès du grand public et des collectivités, qui sont des partenaires potentiels "en tant que propriétaires de terres et qu'aménageurs" :

Nous les incitons à laisser une place au foncier agricole. Nous assurons même des formations auprès de techniciens territoriaux.

Au-delà de l'aide concrète à l'installation qu'elle fournit, Terre de liens s'inscrit en effet dans une réflexion plus large :

Nous nous interrogeons sur une autre gouvernance de la terre, une gouvernance citoyenne. On peut après tout se poser la question : à qui appartient la terre ?

résume Stéphanie Petitcunot, animatrice de l'association.

 

Terre de liens en chiffres

  • 200 adhérents dans le Nord-Pas-de-Calais
  • 5 exploitations louées dans la région
  • 8000 épargnants au niveau national, 350 dans la région
  • Une centaine de donateurs

 

 

 

Cigales : le capital-risque, version locale et solidaire

 

Les Cigales (Clubs d'investisseurs pour une gestion alternative et locale de l'épargne solidaire) sont "des clubs d'investisseurs qui participent au capital de petites et moyennes entreprises". En moyenne, un club investit 4 000 euros par entreprise :

C'est le montant nécessaire pour obtenir l'effet levier auprès des banques

explique Guy Pruvot, vice-président du réseau Cigales Nord-Pas-de-Calais.

Derrière tout cela, il y a tout un réseau d'épargnants militants qui sont impliqués dans les territoires

poursuit M. Pruvot.

 


Stéphanie Petitcunot et Guy Pruvot

Stéphanie Petitcunot (Terre de liens) et Guy Pruvot (Cigales)

 

Cet ancrage local, les Cigales y tiennent particulièrement. Leur soumettre un projet, c'est avoir l'assurance qu'il sera examiné sous tous les angles par les cigaliers, chacun selon ses compétences. Si le projet est financé, l'entrepreneur sera accompagné bénévolement pendant les 5 premières années suivant la création de son entreprise.

Cet accompagnement est efficace : 79 % des entreprises accompagnées sont encore là au bout de 5 ans et se sont développées. Ce "taux de pérennité" est de 50 % sur trois ans au niveau national

souligne M. Pruvot.

Dans l'esprit de l'économie sociale et solidaire, les Cigales fonctionnent en réseau, en complémentarité avec les autres acteurs avec lesquels elles créent des partenariats : boutiques de gestion, ruches d'entreprises et bientôt Pôle emploi, Chambre de métiers et de l'artisanat, Chambre de commerce…

Cet ancrage local pourrait cependant être bouleversé par une pratique qui a explosé depuis la démocratisation d'Internet : le financement participatif (également connu sous son nom anglais : "crowdfunding").

Nous sommes très attentifs à cet outil potentiel. Il y a peut-être là l'occasion de développer le nombre d'épargnants solidaires. Nous réfléchissons actuellement à la meilleure manière d'utiliser cet outil sans perdre notre âme et en restant sur notre cœur de métier : le capital-risque

résume Guy Pruvot.

 

Les Cigales dans le Nord : les chiffres

  • 5 ans : durée de vie d'un club Cigales
  • 35 clubs dans le Nord
  • 117 projets étudiés en 2013
  • 22 entreprises financées
  • 70 000 € investis
  • 64 emplois créés ou maintenus

 

 

HubMODE : résolument solidaire et… nordiste !

 

La vice-présidente du Conseil général ayant également souhaité rencontrer un entrepreneur de l'économie sociale et solidaire, Annick Jehanne a présenté son projet : HubMODE, une plateforme numérique proposant des formations dans le domaine du textile et de la mode.

 

Capture d'écran du site HUBMODE.org

 

Roubaisienne depuis cinq ans, cette ancienne parisienne qui se dit "in love avec Roubaix" a une longue expérience dans le domaine de la mode et du textile (notamment comme responsable de centrale d'achat pour de grands groupes). Elle est ensuite devenue formatrice. Et elle s'est dit un jour : pourquoi ne pas associer ces deux expériences dans un projet personnel ?

Le but d'HubMODE est de permettre à un maximum de salariés de la mode et du textile d'accéder à la formation

résume Annick Jehanne.

Le but n'est pas d'obtenir une qualification ou une équivalence, c'est d'apprendre quelque chose qui puisse être utilisé pratiquement et rapidement. On regarde de très près ce qui se passe aux USA, notamment avec les MOOC (formations en ligne ouvertes à tous). Leur succès prouve que les gens veulent apprendre. Les entreprises, elles, veulent que leurs salariés soient formés vite, pratiquement, et qu'ils soient opérationnels rapidement.

Annick JehanneMais quelle est la composante sociale et solidaire d'un tel projet ?

Dès que nous gagnerons de l'argent, nous nous en servirons pour produire des formations gratuites pour les demandeurs d'emploi. Nous ne distribuerons pas de dividendes – l'entreprise sera créée sous forme de SCIC (Société coopérative d'intérêt collectif). Nous ne voulons pas attirer les "business angels" qui veulent "faire la culbute fois dix". Nous avons un intérêt collectif

répond Annick Jehanne. Entrée à l'incubateur Innotex en novembre, elle travaille au sein du Centre européen des textiles innovants (CETI).

Pour financer son projet, elle s'est "naturellement" tournée vers les fonds solidaires. 10 % du capital d'HubMODE (soit 6000 €) sont ainsi apportés par un club Cigales.

Il y a également une part de financement participatif. Des particuliers ont souhaité investir dans l'entreprise, ce que je n'avais pas prévu ! Dans mes donateurs, il y a beaucoup de Roubaisiens, ce qui me fait chaud au cœur. Mon rêve est de n'être financée que par des fonds solidaires du Nord !

 

 

 

 

 

 


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