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J'ai vécu de l'intérieur les Jeux de Sotchi

Publié le 28 mars 2014 | Passion sport


Drapeaux, maquillage, bonnets, perruques, cornes de supporters, banderoles ... étaient de sortie pour mettre un maximum d'ambiance dans les gradins et encourager tous les tricolores.

Notre journaliste a eu l'occasion de partager pendant 5 jours le quotidien des athlètes lors des Jeux paralympiques à Sotchi.
Récit d'une aventure humaine hors normes.

 

PAR ANNE VANNOORENBERGHE

 

Journaliste stagiaire à la rédaction du magazine Nord le Département, je suis partie à Sotchi, en Russie, à l'occasion des Jeux paralympiques. Cinq journées riches en émotions où l'exaltation et l'effervescence ne font qu'une.

Retour sur cette aventure unique et inoubliable passée aux côtés de la famille de Marie Bochet, la star française de ces jeux qui a décroché quatre médailles d'or.

 

 

Grâce à "La Marseillaise"…

J'ai remporté un concours d'écriture via la page Facebook "Tous Handisport". Il fallait écrire un texte d'encouragement pour nos athlètes tricolores. J'ai revisité les premiers couplets de La Marseillaise

Sur place, nous étions trois invités. À nos côtés, un responsable sponsoring de la banque qui a organisé le concours. Notre mission était de partager notre expérience des jeux sur les réseaux sociaux en animant notamment la page Facebook et le compte Twitter de "Tous Handisport" (en plus de nos comptes personnels).

Plus de 65 000 fans attendaient avec impatience nos publications et impressions !

 

 

Avec Marie Bochet, reine de la glisse

 

L'équipe "Tous handisport" au complet entoure Marie Bochet avec sa médaille d'orL'équipe "Tous handisport" au complet (à droite, Anne Vannoorenberghe)
entoure Marie Bochet avec une de ses 4 médailles d'or.

 

Depuis quelques mois, je suis les performances de cette athlète de haut niveau.

À seulement 20 ans, la "Reine de la glisse" a déjà un palmarès impressionnant. L'an dernier, elle a survolé les compétitions en réalisant un "grand chelem" : cinq médailles d'or au championnat du monde de ski alpin à la Molina (Espagne). Un exploit encore jamais réalisé en ski paralympique.

Tout récemment, elle vient d'être élue "athlète avec un handicap de l’année" lors des prestigieux Laureus Sports Award 2014, aux côtés de Nadal, Vettel...

J’ai eu la chance de vivre en direct ses deux premières médailles d’or (elle en remportera quatre au total), notamment le joli doublé or-argent avec Solène Jambaqué pour le super G.

Nous étions aux premières loges, entourés de sa famille. A peine entendions-nous les premières notes de La Marseillaise que nous évacuions le trop-plein d’émotions. Des larmes de bonheur et que de frissons ! 

 


Accueil chaleureux dans une famille "en or"

Supporteurs de Marie BochetLes supporteurs des athlètes français.

Du bas des pistes aux enceintes sportives, en passant par la villa où nous vivions avec la famille Bochet, l'ambiance était bien plus que chaleureuse.

Il faut dire que les pensionnaires de la villa étaient "en or" : frères et sœurs, parents, grand-mère, oncles et tantes, cousins et cousines... et amis de la famille de Marie Bochet étaient présents. Une formidable cohabitation avec une famille d'exception.

Avant mon départ, j'avais un soupçon d'appréhension : j'allais entrer dans l'intimité de la famille et je ne connaissais personne. Mais tous nous ont réservé un très bon accueil et nous avons été parfaitement intégrés.

Le matin, nous prenions tous ensemble le petit-déjeuner avant de gagner les pistes de ski à Rosa Kuthor, au pied des montagnes du Caucase, à l'issue d'un périple en bus, en train et en télécabine !

Le soir, nous nous retrouvions dans la plus grande convivialité pour fêter les médailles du jour. Le charme de cette expérience tenait à cette complicité que nous avions avec tous les membres de la famille, avec qui nous discutions de tout, comme nous le ferions avec notre propre famille.

 

Les Français ne sont pas passés inaperçus

DSC 0743Le fan-club de Solène Jambaqué et de Marie Bochet. Quelle ambiance ! 

Nous avons vécu des moments extraordinaires. Avec la panoplie parfaite du supporter de l’équipe de France, nous ne sommes pas passés inaperçus et notamment sur toutes les télévisions.

Nous avons encouragé tous les Français et avec nos tripes quitte à y perdre notre voix ! Nous avons vécu à fond toutes les épreuves de ski alpin avec les familles, amis et supporters d’autres athlètes français. L’osmose à l’état brut !

 

DSC 0706Une supportrice de Yohann Taberlet.

 

"Les Jeux de la démesure"

Lors des Jeux olympiques, les médias ont parlé de "Jeux de la démesure". Je suis restée "scotchée" en voyant les enceintes sportives, les constructions flamboyantes, les hôtels… tout était surdimensionné. Et tout cela avait été créé pour l’événement, en un temps record.

 

Le palais du patinage "Iceberg" à SotchiLe palais du patinage "Iceberg".

Menaces d’attentats, tensions avec l’Ukraine : vu le contexte, les forces policières étaient présentes en nombre. À chaque déplacement correspondait son contrôle de sécurité : scan des bagages, fouilles… Les mesures sécuritaires ont été renforcées de manière drastique. Nous étions contrôlés plusieurs fois dans la journée.

Pour autant, les Russes étaient très sympathiques. Le seul hic : le barrage de la langue. Ils ne parlent pas un mot d’anglais. Les milliers de bénévoles étaient bien plus souriants et faisaient tous un effort pour parler anglais, voire français ! Nous avons fait énormément de photos avec les étrangers et bénévoles. Les Français ont une très bonne image là-bas !

 

 

Météo printanière pour Jeux d'hiver

Nous avons eu du très beau temps… même un peu trop ! Je n’ai pas vu la neige (elle est seulement arrivée le jour de mon départ), ce qui est pour le moins paradoxal pour des Jeux d'hiver. Quelques flocons auraient certainement apporté un "plus" à l’événement !

Là, avons souvent ôté nos vestes de ski pour un simple pull, voire un tee-shirt. Sur les plages, les maillots de bain étaient même de sortie !



Une cérémonie d'ouverture haute en couleur

DSC 0242Le stade olympique "Fisht" était plein à craquer.

 

Nous avons tous vibré. Tout le stade était debout. Les tensions observées sur la scène internationale étaient gommées. Plus de quarante nationalités ont été acclamées par le public, y compris le porte-drapeau de l’Ukraine, qui a défilé tout seul dans un stade plein à craquer. C’était magique !

Je me suis régalée avec ces somptueux spectacles rehaussés par de remarquables jeux de lumières, au rythme des scénarisations et feux d’artifices hors-normes. Un vrai raz-de-marée émotionnel.

 

DSC 0097

 

 

Des descentes qui remontent le moral !

Les descentes de nos Français m’ont évidemment beaucoup marquée et notamment celles de Marie Bochet, Solène Jambaqué et Yohann Tarberlet, car nous étions avec leur famille dans les gradins.

J’entends encore les mots d’encouragement de Françoise Bochet, la maman de notre quintuple championne paralympique. Je vois encore l’attitude très sereine et la concentration du papa dont le regard était fixé sur l’écran géant et le chronomètre…

 

DSC 0358L'explosion de joie dans le clan français. Ici, la maman de Marie Bochet.


DSC 0785Une très belle fin de carrière pour Solène Jambaqué
qui a décroché deux nouvelles médailles
à Sotchi. Elle avait déjà remporté six médailles
lors des Jeux de Turin et de Vancouver. 

DSC 0649Le skieur tricolore Yohann Taberlet.


Le phénomène Stephanie Jallen

Les performances de la jeune athlète américaine, Stephanie Jallen, m’ont beaucoup marquée. Tout juste âgée de 18 ans, elle ne skie que sur une jambe et avec un seul bras. Ses descentes sont impressionnantes. Sur écran géant, le compteur affichait ses performances et sa vitesse (jusqu’à 109 km/h à l’approche des portes et virages !).

Nous étions tous scotchés. Elle a fait deux podiums : deux médailles de bronze dans le super G et le super combiné dames, debout avec notre championne, Marie Bochet, qui occupait la première marche du podium. Le public ne pouvait qu’être admiratif.

 stephanieSolène Jambaqué, Marie Bochet et Stephanie Jallen.

 

 

Leçon de vie

Ces Jeux furent une aventure sportive et humaine d'où nous sommes ressortis grandis. Chapeau à tous ces athlètes ! Leurs performances sportives m’ont épatée, mais que dire de leur courage, leur persévérance, leur dynamisme… la notion de dépassement de soi prend ici tout son sens.

La magie du sport a effacé le handicap de ces athlètes qui font preuve d’une humilité exemplaire. Ils méritent un profond respect !

Pratiquant le sport en compétition, une simple petite entorse me rend presque impotente… Au vu de leurs performances, nous valides, ne sommes-nous pas des personnes en situation de handicap ? 

 



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